
L’utilisation d’une société par actions à titre de véhicule pour exploiter une entreprise offre, pour les actionnaires, l’avantage de limiter leur responsabilité financière aux sommes investies spécifiquement à cet effet. De plus, nos lois relatives aux entreprises font en sorte que, généralement, un administrateur ne peut pas être tenu personnellement aux dettes et obligations de la société qu’il administre. Nous parlons ici du principe de la personnalité juridique distincte de la société par actions. Celle-ci a donc ses propres actifs et ses propres passifs, lesquels sont distincts de ceux de ses actionnaires et administrateurs.
Le principe de la responsabilité limitée des administrateurs d’une société par actions est toutefois soumis à certaines exceptions, dont celle relative aux salaires impayés des employés. En effet, autant la Loi sur les sociétés par actions québécoises (LSA) que la Loi canadienne des sociétés par actions (LCSA) contiennent des dispositions ayant pour effet de rendre les administrateurs responsables du paiement des salaires impayés des employés si la société par actions n’est pas en mesure de le faire, par exemple dans le cas d’une faillite.
Comme cette responsabilité des administrateurs n’est pas automatique et est soumise à certaines conditions, la Cour d’appel du Québec¹ faisait récemment un rappel des modalités d’applications du principe.
D’abord, avant que les salariés impayés puissent se tourner vers le ou les administrateurs, des procédures judiciaires doivent avoir été entreprises contre la société par actions et un jugement doit avoir été rendu contre celle-ci. Ce n’est qu’après que des tentatives d’exécuter le jugement n’aient pas permis de récupérer les sommes dues qu’un recours contre l’administrateur sera possible.
Ainsi, les administrateurs peuvent être tenus au paiement ou au remboursement :
Cependant, les administrateurs ne sont pas tenus responsables au remboursement :
Enfin, il est à noter que la responsabilité pour salaires impayés ne vise pas les actionnaires, mais uniquement les administrateurs de la société. La question de savoir si une personne est effectivement un administrateur peut également être sujette à interprétation. La consultation avec un avocat peut permettre de vérifier l’application du principe à une situation particulière. Pour en apprendre davantage sur les obligations, les risques ainsi que les responsabilités liés au poste d’administrateur, nous vous invitons à consulter l’article « Bon à savoir avant d’être administrateur d’une société par actions ».
¹ Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail c. Ortslan, 2019 QCCA 1177 (CanLII), https://www.canlii.org/fr/qc/qcca/doc/2019/2019qcca1177/2019qcca1177.html?searchUrlHash=AAAAAQAcbWlzZSBlbiBkZW1ldXJlIC9zIGludMOpcsOqdAAAAAAB&resultIndex=6#_ftnref48